C’est beau la neige qui virevolte en flocons. Vous trouvez que c’est encore plus joli quand vous la regardez de l’intérieur, bien calfeutrée sous une couverture, un chocolat chaud à portée de main (avec un soupçon de crème chantilly, vous ne reculez devant rien afin d’être en osmose avec le paysage hivernal).

Vous aimez la neige, enfin un peu, peut-être, vous croyez, c’est possible. Il faut préciser, à tout hasard, que vous avez été une fille du Sud et que la vie, qui a un sens de l’humour bien supérieur au vôtre, vous a catapultée les deux pieds dedans à l’aube de vos quatorze ans après vous avoir bercée au bord de la Méditerranée. Vous avez donc mis un moment à vous remettre de cette magnifique rencontre de vos pieds congelés avec la belle poudreuse mais pas rancunière pour un sou, vous avez tenté de skier… pour la première fois, à trente ans.

Dire que vous avez adoré serait un tantinet abusif, puisque seul votre arrière-train a vraiment connu les joies de ce sport d’hiver. C’est bien simple, pour vous le ski, c’est de la luge sans luge. Vous n’avez donc jamais souhaité réitérer cette intéressante expérience et votre noble fessier vous en est éternellement reconnaissant.

Vos enfants, qui ont, manifestement génétiquement pris de leur père sur ce coup-là, eux, adorent la neige. Grand Bébé affriande notamment de se vautrer dedans et d’y faire semblant de dormir. Ayant un cœur grand comme ça, il vous invite à le rejoindre et vous lui répondez dans un souffle: « je vais y réfléchir mon chéri-c’est tout réfléchi-c’est non-et relèves toi, tu vas prendre froid » (ah ces mères toujours là pour empêcher qu’on s’amuse !) pendant que Petite Bébée, impassible, mange toute la neige qu’elle arrive à attraper. Comme elle aussi, a un cœur grand comme ça, elle vous propose de partager son butin. Hum, non merci, sans façon, vous n’avez pas de gène d’esquimau, vous.

Mais vous le savez, vous aimerez la neige. Un jour. D’ici 2989 en tout cas, c’est certain. C’est même écrit : vous serez là pour admirer votre petite famille qui dévale les pentes à ski et l’encourager. C’est juste que vous le ferez depuis l’intérieur du restaurant où vous seriez en train de commander la fondue pour ces courageux qui se seront tant dépensés. Et si pour cela, vous devez ignorer l’appel, ô combien irrésistible, des pistes de manière à pouvoir réserver une table à vos grand sportifs (en sirotant un grog puisque cela vous fait froid jusque dans les os de les voir s’agiter là-dehors) et bien c’est ça aussi être maman.