Vous aviez toujours porté pour la langue de Victor Hugo et de Molière une affection particulière. Vous trouviez que votre langue maternelle était la plus harmonieuse et la plus limpide qui soit.

Et vous avez eu des enfants. Vous avez alors douloureusement compris que l’harmonie devenait une notion très relative lorsqu’on vous hurlait les mots dans l’oreille en les répétant une bonne quinzaine de fois (au cas où vous ne les auriez pas entendus la première fois – mais si malheureusement, les quatorze suivantes aussi) et que question limpidité, l’Académie française avait encore du pain sur la planche pour éviter qu’une mère pleine de bonnes intentions (oui, vous) puisse expliquer à sa progéniture chérie le sens des mots sans s’arracher les cheveux (qui deviennent de plus en plus rares et de plus en plus blancs) dans le procédé.

Vous êtes à table. L’un des amours de votre vie refuse de manger ses haricots (ça marche aussi en remplaçant le terme « haricots » par choux-fleurs, navets, courgettes, poivrons etc., nettement moins avec chocolat, biscuits, bonbons), vous lui dites qu’il ne peut pas refuser sans avoir goûté au préalable. Goûter ? Une étincelle s’illumine dans ses yeux et votre amourinet attend, avec une impatience certaine, de voir apparaître les belles tartines de Nutella de son quatre-heure. Vous avez bien cherché à faire comprendre à votre descendance la différence entre « goûter » et « goûter », mais (tiens donc) vous n’y êtes toujours pas parvenue et êtes repassée en douce au plus traditionnel « mange tes haricots » (et qu’on n’en parle plus, hein !)

Vous aviez déjà rencontré une petit problème similaire avec Petite Bébée qui n’acceptait pas que le vocable « pâte » au singulier puisse signifier quelque chose de différent que les pâtes aux pluriel et s’insurgeait lorsque vous disiez mettre « la pâte » dans le moule : « pas pâte, maman, gâteau ». Voilà à quoi vous en être réduite avec ce français un peu flou : c’est votre fille qui vous dit comment l’utiliser :-D . Que les Académiciens aient donc pitié de vous, et balaient tous les homonymes d’un coup, ce ne serait pas une excellente résolution pour la nouvelle année, ça, non ?

Et tant qu’ils y seraient, s’ils pouvaient aller voir du côté des mots bizarres (pas cyclooxygénase, métempsycose, anacoluthe puisque des termes comme ceux-ci ont peu de chance d’avoir une quelconque incidence sur votre vie avec vos héritiers avant qu’ils ne soient en âge d’aller voir eux-mêmes dans le dictionnaire ce que cela peut bien signifier … pour peu que cela les intéresse bien sûr), mais du côté des termes comme cheval/chevaux ou œil/yeux. Vous vous êtes tellement tiré les cheveux en essayant d’expliquer cette petite calembredaine de la langue française, que vous avez dû perdre au moins un tiers de votre chevelure dans cette opération, pour un résutat très médiocre (zéro ?).

« Non mon chéri on ne dit pas des chevals. Tu vois quand il y a plusieurs … euh chevals, et bien on ne dit pas des chevals, on dit des chevaux »

« Non ma chérie on ne dit pas des oeils. Tu vois quand il y a plusieurs … euh oeils, et bien on ne dit pas des oeils, on dit des yeux »

Maman au secours !

Et dernièrement, le sens équivoque de certains mots vous a même conduit à avoir un gros pincement au cœur. Grand Bébé devait passer un IRM et pour le préparer à cet examen, vous lui avez dit qu’il allait aller, un jour, dans une machine qui fait beaucoup de bruit. Un soir, alors qu’il était aux toilettes (qui semble être un haut lieu de conférence pour vos bébés), votre fils pointe son doigt dans une direction et vous demande « c’est quand que je vais dans la machine ?». Interloquée, vous regardez du côté qu’il vous indique et vous découvrez que votre grand petit homme croyait que vous alliez le mettre dans la machine à laver. Bon, comme cela n’avait absolument pas l’air de le mortifier (euh, c’est le même qui à peur du loup le soir ?), vous vous êtes dit que s’il était disposé à aller dans cette machine-là, il n’y aurait aucun problème pour l’IRM (belle erreur, mais ça c’est encore une autre histoire).

Et si jamais les Académiciens sont trop occupés pour prendre votre requête en considération, heureusement vous pourrez toujours compter sur la relève pour le faire. Un exemple : Lison, la fille d’une de vos amies, a décidé que comme son frère était omnivore (Hommenivore), elle serait filleivore ou femmenivore (Femmenivore). A quatre ans ! Une féministe de la première heure. Vivement qu’elle soit à l’Académie, cette merveilleuse petiote.