Vous êtes au regret de reconnaitre que, contrairement à la CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) qui ne déconseille des films où des gens se font égorger qu’aux enfants de moins de, euh, dix ou douze ans1, vous êtes une vraie adepte de la censure. Vous êtes une telle petite nature que déjà, vous, vous filez dans la cuisine engouffrer un morceau de chocolat chaque fois qu’il y a une scène un peu trop violente à la télévision (pas étonnant que vous grossissiez). Parfois vous fermez seulement les yeux et demandez à votre gentil mari de vous informer quand vous pouvez regarder à nouveau (il oublie une fois sur deux vous avez donc du mal à suivre l’histoire que vous avez « vue » les yeux fermés), alors vous n’osez imaginer l’effet que font certains films sur vos descendants.

Et vicieuse comme vous êtes, vous ne vous contentez pas de mettre votre veto sur des dessins animés où le monstre finit par vous poursuivre, vous aussi, dans vos cauchemars (faut dire qu’à 40 ans, on est encore trop jeunes et impressionnables pour se mettre devant certaines animations japonaises) mais vous osez persévérer dans votre œuvre abjecte jusque dans les livres que vous lisez à vos descendants.

En effet, vous ne trouvez pas forcément judicieux de lire aux fruits de vos entrailles auxquels vous tenez très fort, que « Tom enfile une botte, puis l’autre. Et il s’enfonce dans la nuit »2. SEUL. En cachette de son Papy et de sa Mamie, qui plus est. Or vous imaginez très bien Petite Bébée imiter le scénario et partir à la recherche de sa botte rose à fleurs au fond du jardin (dans l’histoire, le but de la virée nocture était de retrouver le doudou de Tom qui se trouva être dans les bras de Mam’ Truie dans la porcherie) ou Grand Bébé se précipiter dehors pour chercher un voiture abandonnée dans le bac-à-sable depuis l’été dernier. Vous avez donc ajouté quelques petits commentaires de votre crû, que vos enfants drilés par les quinze lectures précédentes que vous leur fîtes de cette excellent ouvrage, vous ânonnent de bon cœur : « mais c’est pas bien de sortir dehors la nuit », « Tom fait grosse bêtise», « pas bien Tom » « méchant Tom ». Braves petits. De même, s’il leur venait à l’idée de rentrer dans la maison par la fenêtre (avec ou sans pyramide formée par les animaux de la ferme de Tom, on fait avec ce que l’on a et vous savez que vous pouvez compter sur vos petits anges pour trouver une parade sans aucune difficulté), ils auront en mémoire le « on ne rentre et ne sort pas par la fenêtre. C’est compris ? » qui aura suivi immanquablement le « tu leur lis encore le livre où on leur apprend à se casser le cou ? » qui vient de la cuisine où l’homme de votre vie vous prépare un délicieux poulet au citron.

Côté censure, vous avez par contre des difficultés à comprendre l’avertissement écrit par la bibliothèque de votre village, qui accompagnait le livre « le parcours de Paulo »3, et qui signalait que c’était un ouvrage pour parents tolérants. Bon, vous vous devez peut-être de préciser que Paulo est un petit spermatozoïde. Mais pour vous, à part que le livre ne présente aucun intérêt – parce que franchement, illustrer la fécondation par « en classe, Paulo n’est pas très fort en calcul. Mais il est très fort en natation » et la génétique apparemment aussi dans la foulée puisqu’Elsa, la fille conçue par ce vaillant petit Paulo « n’est pas très forte en calcul mais est très forte en natation » – ce n’est pas ce que l’on a fait de mieux en littérature enfantine (et vous commencez malheureusement à en connaître un rayon dans ce domaine. Soupir), vous n’avez aucun problème à le lire à vos petiots (promis, même plus tard quand ils verront dans Paulo autre chose qu’un ver de terre mal dessiné emoticone).

Conclusion : il faut bien admettre que vous n’avez rien compris à l’affaire. Pour vous, la censure devait protéger la société, ses enfants en particulier, d’une violence qui risque d’inciter à d’autres violences ou d’images trop dures. A choisir, vous, vous préférez que vos enfants tombent sur des corps dénudés au cours d’un film un peu grivois plutôt que sur des cadavres lors d’un journal télévisé. Mais, comme toujours vous n’avez rien saisi. c’est certainement la faute du SNU (syndrome du neurone unique. A c sujet, on vous a dit dernièrement qu’ilfaut au moins deux neurones pour survivre. Un pour s’occuper du métabolisme de base, pour respirer etc. et un autre pour le reste : vous avez été enchantée de constater qu’il y avait encore des gens pour croire qu’une mère avait du temps pour respirer emoticone).

 

1. c’était un film avec Richard Anconina, mais vous ne vous souvenez plus du titre (ni du reste d’ailleurs, enfin l’important c’était qu’il y avait Richard Anconina dedans, non ?)

2. « Le doudou perdu ». Texte de Ian Whybrow, illustrations de Russell Ayto. Editions Kaléidoscope – Diffusion l’école des loisirs

« Le Parcours de Paulo » de Nicholas Allan. Editions Mondo