Chose promise, chose due, vous allez vous lancer dans une liste des différents bonheurs et avantages que vous apporte votre descendance, car il y en a et même beaucoup (mais si !).

Les moments de bonheur :

- regarder le soleil se lever. Admirer ces merveilleux tons de roses et de jaunes qui se déploient dans le ciel, spectacle que vous devez de voir à vos petits chérubins, car c’est clair que s’ils n’étaient pas là, l’aube (et l’avant l’aube aussi d’ailleurs) vous la vivriez au fond de votre lit, bien enfouie sous votre édredon avec juste trois cheveux qui dépassent

- aller boire un café dans un tea-room. Vous savourez cet instant à en avoir des frissons cosmiques d’extase. Vous êtes S-E-U-L-E. Personne, vous dites bien personne, pour vous mettre du sucre de force dans votre café (« mais maman, faut sucre ») ou vampiriser la mousse de lait de votre capuccino. C’est simple vous redécouvrez l’Eden d’avant que la pomme et le serpent ne s’en mèlent

- entendre les fou-rires de vos amours. Il n’y a rien de plus beau. Enfoncées les fugues de Bach, le rire des enfants est une plus belle musique encore. Même que si les Grands de ce monde riaient autant et aussi bien, il y aurait moins de guerres. Mais qu’on ne compte pas sur votre soussignée pour aller leur faire des guiliguilis ou leur embrasser le nombril comme vous faites pour Grand Bébé et Petite Bébée pour qu’ils rient aux éclats. Non pas question, ou alors il faudra le demander très très gentiment. Très très très.

- les vôtres (de fou-rires). Votre moitié et vous partagez des regards complices et vous riez sous cape car malheureusement, ce qui vous fait le plus rire sont généralement des choses qu’il vaut mieux de pas encourager à réitérer. Petite Bébée qui s’écrie « ça pue la merde » (une phrase qu’elle a reprise du fils de la nounou, un adolescent qui ne semble pas apprécier le doux parfum des Pampers pleins) ou Grand Bébé qui va subrepticement vers l’armoire de la cuisine mais qui découvre qu’hélas, il est trop petit pour atteindre les chocolats

- regarder vos bébés dormir. Des médisants diront certainement que c’est le seul moment où ils vous laissent tranquille, mais ce sont des médisants puisque vos enfants vous laissent souvent tranquille … surtout quand vous êtes au bureau. Mais regarder un enfant qui dort, c’est un peu comme regarder la paix du monde et avoir cela dans sa maison, c’est de l’or (avis au voleurs : c’est une métaphore). Jacques Brel disait cela tellement mieux que vous dans la chanson qu’il a écrite pour sa fille Isabelle.

 

Les avantages :

- vous découvrez des jeux inédits, notamment le « Mémory Valseur ». Pour ceux qui n’ont pas (encore) eu la chance d’y jouer, les règles sont simples. Il faut un adulte qui s’essaie à poser les cartes du Memory sur une table pendant que deux bébés les font valser par terre (enfin vous dites « deux » mais cela peut aussi se jouer avec trois, quatre voire cinq bébés pour peu que l’adulte aie des antimigrineux puissants à portée de main)

- qui d’autre que des parents ont la chance de connaître la joie d’entendre des dialogues savoureux sans avoir à se déplacer au théâtre ? Ce soir Grand Bébé, aux toilettes, raconte à son auditoire captivé (vous et Petite Bébée en l’occurrence) : « je dois bien me tenir, pour pas tomber dans les toilettes mais si je tombe… », rajoute-t-il précipitamment en s’adressant à sa sœur : « toi pas pousser bouton » ( tirer la chasse en langage non-Jeanclaudevandamien) et elle de s’exclamer « si tu tombes, moi te sauver la vie ». Et vous, de vous demander comment : en sautant dans la cuvette peut-être ?

- plus besoin de réveil, ni même de montre d’ailleurs. Vos journées sont rythmées par votre escouade en culottes courtes. Six heures trente (du matin, précision pour ceux qui ne vivent pas sur le fuseau horaire bébétien), c’est le moment de se lever. Si l’arrivée fracassante de vos fantassins ne vous a pas encore réveillée quelques tonitruants « MAMAN DEBOUT, MAMAN PAS DORMIR, MAMAN PAS FERMER LES YEUX » font l’affaire. Vous devinez qu’il doit être près de midi quand votre tribu fait des circonvolutions autour du réfrigérateur et quatre heures quand deux bouches s’ouvrent en réclamant des biscuits. Vous savez qu’il doit être six heures quand vous êtes sur les rotules, et sept heures quand vos zouaves se transforment en anguilles parce qu’ils sentent l’heure du coucher se rapprocher dangereusement

- la possibilité d’éblouir votre auditoire en étalant votre culture. En effet, vous lisez maintenant facilement trois livres par soirée. Mais oui, c’est possible. Hier vous avez lu par exemple, le chantier animé * : « Sur le chantier, les ouvriers sont arrivés. Boum badaboum ! La bétonnière tourne, tourne, tourne … et tout se mélange ! Une brique, deux briques, trois briques … et voici tout un mur ! C’était une longue journée ! Tout le monde quitte le chantier. ». Et voilà comment en deux minutes cinquante vous avez lu tout un livre. Et des ouvrages comme celui-ci, en grande veinarde que vous êtes, vous en avez toute une bibliothèque.

Bon, vous allez arrêter là votre liste car votre objectif est de repeupler la vieille Europe pas de la surpeupler. Et maintenant que vous avez sauvé Mère Patrie d’un vieillissement précoce, il ne vous reste plus qu’à faire le guet devant la boîte aux lettres et attendre de pied ferme votre médaille du mérite.