Préchauffer le four à 180°C. «Les enfants, j’ai allumé le four, vous savez qu’il ne faut pas le toucher. Nooooooon pas toucher, qu’est que je viens de dire ?».

Travailler le beurre au batteur électrique. «Maman, c’est quoi ça ?» vous dit votre petite fille, la bouche en cœur. «Un batteur électrique», «aaaaahh» vous répond-elle de manière entendue et, incroyable mais vrai, elle s’arrête là. Vous n’avez donc pas droit à «c’est quoi ça ?»«un batteur électrique» en boucle pendant un quart d’heure. Miséricorde, cette collaboration culinaire vous a l’air bien partie pour une fois. Qui sait avec un peu de chance, vous arriverez peut-être même à faire votre gâteau. Comme quoi tout est possible dans ce bas monde.

Ajouter le sucre et bien remuer. «C’est moi faire» vous réclame à corps et à cri Grand Bébé. Vous acceptez avec plaisir cette main d’œuvre bienvenue et vous contemplez avec tendresse votre fils accomplir sa tâche avec aisance. C’est qu’il grandit le bougre. Il n’aura bientôt plus droit à l’AOC* de Grand Bébé. Il est à peine né que c’est déjà un grand garçon.

Cuire le chou-fleur à la vapeur. Le chou-fleur ? Qué chou-fleur, vous êtes bien en train de faire un gâteau non ? Votre neurone affecté à la cuisine (l’autre est en charge du reste, du ménage à la lecture du dernier Kinsella. Il n’est, par conséquent, pas étonnant que votre maison ne fleure pas bon l’Ajax au pin et que vous mettez deux mois pour finir un livre qui n’est pas du Teilhard de Chardin) sonne le signal d’alarme. Même fatigué, il a la vague impression que le chou-fleur dans un gâteau aux carottes cela risque de lui donner un goût étrange, voire très très mauvais.

Vous regardez donc votre livre de recettes d’un peu plus près et vous découvrez que votre espiègle de Petite Bébée a subrepticement tourné quelques pages pendant que vous mélangiez le sucre avec son frère. Vous revenez donc à la case de départ et ajoutez des zestes d’oranges avec des épices, ce qui a l’air de mieux convenir à votre préparation.

Vous passez alors à la délicate opération cassage des œufs. Vos enfants, spécialistes en la matière (ils en ont incidemment déjà cassé une bonne dizaine à eux deux, dont certains directement dans le magasin, vous mettant le rouge au front … mais vous avez l’habitude) se portent volontaires pour cette délicate besogne. Miracle, là encore, ils font cela avec brio, vous n’avez qu’à ramasser les coquilles qui sont tombées dans le sucre. Une broutille pour vous qui vous attendiez à devoir passer la cuisine au kärcher.

Lorsqu’il s’agit de rajouter les carottes rapées, il vous faut vous interrompre pour en éplucher deux de plus à l’intention de vos cuisiniers en herbe qui ne peuvent résister à l’appel dudit légume (leur préféré). Ils les grignotent en vous regardant mélanger la préparation une dernière fois.

Vous expliquez à ce moment-là à votre cher public, que vous allez mettre la pâte dans le four. Petite Bébée vous corrige aussitôt, «pas la pâte maman (qui pour elle, ne se mange que bolognaise ou carbonara), le gâteau». Il faut reconnaître que la langue française est assez facétieuse et vous, trop inexpérimentée, pour en expliquer les nuances à des titulaires de couches-culottes.

Pour finir la journée en beauté, votre neurone pâtissier n’oublie pas de vous rappeler à temps de sortir le gâteau du four (un exploit pour vous, vos œuvres culinaires étant, une fois sur deux comme qui dirait, bien cuites, formule gentille pour être agréable à votre égo avec qui vous allez vivre pendant quelques temps encore) et le résultat vous comblerait si ce n’était que vos amours de marmitons s’empressent d’en éparpiller les miettes un peu partout dans le salon. Hop, c’est donc au deuxième neurone et son aspirateur de prendre la relève, vous, vous allez vous coucher.

* Appellation d’Origine Contrôlée