Personne n’est sans ignorer que les enfants ont généralement une tendance masochiste à se réveiller tôt.

Très tôt.

Très très tôt.

Vous, qui cependant êtes pourtant une lève-tôt, (mais pas si tôt : cinq heures trente du matin, maman au secours !), en avez ras-le-baba de sortir des bras de Morphée avant l’heure. Au point que votre corps dans son ensemble se rebiffe. Vous refusez donc catégoriquement de sortir un orteil de dessous du douillet édredon qui vous abrite, et cela même quand vous entendez vos enfants descendre en douce dans le salon.

Et pourtant, vous le savez pertinemment, laisser des petites abeilles de deux et trois ans errer seules dans votre maison, c’est aussi raisonnable que d’y laisser un troupeau d’éléphants en colère. Et voili t’y pas que prise d’un affreux doute après une période de silence inhabituelle-donc-suspecte de vos loulous, vous finissez par soulever votre magnifique corps de mère de deux enfants qui ne fait plus jamais de sport, et allez voir ce qu’il en est.

Mamma mia, votre petite princesse a chipé votre sac à main sur la commode et l’a vidé de tout son contenu. Vos cartes bancaires, votre monnaie, vos mouchoirs, enfin tout le bric-à-brac que peut contenir le sac d’une dame, trônent dans les escaliers. Votre petit prince quant à lui, ravi de l’aubaine, a pris vos deux rouges à lèvres et s’en est barbouillé le visage ressemblant par là même à Kiki le clown. Vous croyez – bienheureux les simples d’esprit – que vous avez tout vu. Que nenni, votre regard tombe alors malheureusement sur une fresque murale qu’un Picasso (période rose) ne renierait pas, assortie d’une création-sur-escalier-et-carrelage qui a tout pour vous déplaire.

Quel merveilleux accueil au saut du lit. Vous n’en attendiez pas tant. Et tout ça avant votre indispensable premier café des 3’256 que vous allez boire pour pouvoir tenir toute la journée. La tête basse vous allez chercher un chiffon, en bénissant néanmoins le ciel d’avoir mis sur les murs une peinture lavable.

Le lendemain, comme vous n’apprenez pas de vos erreurs, vous ne réagissez à nouveau pas quand vous entendez vos petits chatons sortir discrètement de leur chambre pour descendre dans la cuisine. Votre seule excuse : il est cinq heures du matin (ces enfants ne peuvent génétiquement être les vôtres !). Un quart d’heure plus tard vous voyez Grand Bébé en pleurs accourir dans vos bras. Il vous montre sa bouche en hurlant « bobo bouche ». Vos neurones encore à moitié endormis subissent un électrochoc et vous passez en revue dans votre tête toutes les catastrophes possibles et imaginables qui peuvent avoir eu lieu. A t’il ingurgité une pastille pour le lave-vaisselle, non pour les atteindre il aurait fallut mettre un tabouret sur une chaise, or vous avez mis le tabouret en haut du frigo (pas folle la guêpe). A t’il accédé à l’armoire à victuailles et bu du tabasco ? Pas tout à fait. A force de déduction, vous allez découvrir qu’avec l’aide de sa sœur bien aimée, il a pris une chaise au salon, l’a amenée dans la cuisine et est monté dessus pour ouvrir la porte de l’armoire à biscuits et autres splendeurs. Comme il n’arrivait pas à atteindre les cacahuètes-qu’il-aime-plus-que-tout-au-monde, il s’est rabattu sur des pistaches. Qu’il a mangé avé coquille, coquille qui s’est vengée en restant plantée entre ses dents. Il ne fallut pas moins de maman et de papa pour sortir ce morceau de la bouche de votre fils.

Vous croyez qu’il a compris la leçon pour la prochaine fois en tout cas (vous doutez que cela ne dure plus que cela). Mais vous, vous appris la leçon tout court, et désormais, vous allez vous lever dès que vous entendrez que vos canaillous sont réveillés.

Voilà, c’est fini les grasses matinées jusqu’à six heures du mat!