Au cas où vous ne l’auriez pas encore dit, une des choses merveilleuses qui arrive en même temps que la cigogne, c’est le balayage radical de vos problèmes existentiels. Les « qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’erre ? » ne sont plus pour vous car depuis que vos petits anges ont fait leur apparition dans votre vie, vous avez du temps pour à peu près rien. Vous fonctionnez uniquement en mode « survie ».

En effet, entre le ramassage des spaghettis au pesto sur le plafond, l’essorage des tapis dans la salle de bain après une séance de « splish-spash, qu’est-ce qu’on s’amuse » et un appel au centre anti-poison parce que votre petite gourmande a englouti un champignon dans le jardin, les seules questions accessibles à votre unique neurone survivant-mais-patraque, sont «qu’est-ce que je vais faire à manger ce soir ? » et «où est mon lit ? ».

On l’aura compris le temps vous fait défaut. Votre marathon debout-nounou-bus-travail-bus-nounou-dodo est votre seul sport. Vous qui aimiez marcher n’en avez plus le temps (vu qu’il est clairement impossible de le faire avec vos petits bouts de chou à moins que vous ne souhaitiez vous inscrire au triathlon marche-escargot/porter-de-deux-bébés/yenamarre-de-maman). Itou pour tout ce qui s’agit de s’occuper de vous. Les seuls moments que vous avez pour vous sont les soirées. Or par une malchance incroyable, dès que c’est l’heure de vous bichonner vous vous découvrez l’énergie d’une limace apathique.

Même regarder la télévision devient mission impossible. En général vous vous affalez le soir sur le canapé devant une série quelconque et vous vous réveillez au moment du générique. Vous faites un effort pour suivre l’épisode suivant, et rebelote vous voyez les dix premières minutes pour arriver directement à la case générique. Vous savez ainsi que Brian, Sharon ou Steve ont été sauvagement assassinés mais vous ne saurez jamais par qui, à moins qu’une rediffusion ne soit mise en place dans dix ans, quand vos petits loustics entreront dans l’âge béni de l’adolescence et sortiront tard le soir avec leurs copains. Alors là au moins, vous êtes sûre de rester éveillée jusqu’au bout, vous rongeant les ongles en attendant de voir la chair de votre chair réapparaître sur le pas de la porte.